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Philosocarpe Chapitre 04 : « Le carpiste et le reste du Monde… »

février 21, 2012

Ce quatrième chapitre de la série « Philosocarpe » sera publié exclusivement sur ce blog.
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Lorsque l’on pêche au milieu de la nature pour une session plus ou moins longue, il arrive parfois que l’on puisse se sentir seul(s) au monde. C’est bien compréhensible, et sans conséquence tant qu’on reste assez lucide pour se dire qu’il n’en est rien. Mais l’illusion de cette supposée harmonie parfaite avec le milieu, le sentiment faux de s’inscrire sans impact dans cet univers magique, et cette haute idée que l’on se fait de notre mode de pêche peuvent nous conduire à  penser que si le monde avait un nombril il devrait nous ressembler… Petit topo qui fera grincer quelques dents, mais il faut parfois décrire les choses telles qu’elles sont vraiment.

Petit cadeau laissé sur un secteur de pêche de nuit en fin de session ...

 

Egocentrisme…

Il faut parfois du temps pour se rendre à l’évidence, et accepter l’idée que le carpiste n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais un être supérieur parmi les autres pêcheurs, comme on tente de nous le faire croire à travers colonnes et éditos depuis 20 ans.  Je dois avouer que cela m’a personnellement pris un peu de temps pour le comprendre. Mais il est vrai qu’une passion aussi dévorante qui occupe l’esprit chaque jour peut nous faire perdre le sens des réalités. Comme beaucoup j’ai longtemps clamé l’urgence et la nécessité d’une pêche de nuit généralisée, au nom d’une éthique « carpiste » exemplaire et d’un respect profond du milieu qui justifieraient ce passe-droit accordé à une minorité de pêcheur. Comme beaucoup – parmi lesquels les plus inactifs et les moins investis – j’ai pesté contre l’immobilisme des différentes instances qui gèrent la pêche en France. Manque d’écoute, manque d’ouverture d’esprit, manque de dynamisme … voilà les expressions souvent entendues lors de discussions entre carpistes lorsqu’ils parlent de leur AAPPMA ou de leur fédération de pêche. Lorsque j’ai compris que la seule façon de faire avancer les choses était d’intégrer ces instances pour travailler concrètement, j’ai commencé à mieux prendre conscience des réalités. Bien évidemment, j’ai travaillé au maximum avec les autres membres de mon AAPPMA pour faire progresser raisonnablement et de façon conséquente le linéaire de pêche de nuit de la carpe. Nous avons également fait en sorte que l’argent des carpistes ne serve pas uniquement à aleviner en truite et carnassiers, mais aussi en carpes sur le barrage local. Bref, nous avons mis en place ce que nous croyions juste et conforme aux revendications des carpistes. Nous n’attendions aucun merci, et en cela nous avions bien raison … Mais nous attendions de la part des nombreux carpistes qui visitaient les lieux un comportement prouvant que nous avions raison d’adopter une politique qui leur était favorable, et ce malgré l’avis contraire de beaucoup de pêcheurs. Là aussi, j’ai désormais la conviction que nous avons eu tort. Et au risque de choquer certains lecteurs, je suis désormais persuadé qu’à l’heure actuelle toute politique favorable aux demandes des carpistes sur le secteur public est vouée à l’échec à plus ou moins long terme. Non pas en raison d’actes isolés, mais plutôt d’un comportement stéréotypé  qui conduit inévitablement certains carpistes à entrer en conflit avec les autres usagers des eaux françaises. Explications…

Seul au monde ? Pas tout à fait ...

Egoïsme et comportements lamentables…
En lac, un carpiste c’est généralement plusieurs hectares d’eau monopolisés par 4 cannes tendues dans tous les sens et à des distances qui frôlent souvent le déraisonnable. Je pratique moi-même ces pêches à longues distances lorsque cela est absolument indispensable, et surtout lorsque cela n’a pas d’impact sur les autres (la nuit et/ou en période de fermeture du carnassier).

J’ai tout à fait conscience que la pêche à très grande distance est parfois une « nécessité » si l’on veut toucher du poisson (c’est le but !), et je sais parfaitement qu’on ne pêche pas en lac comme dans une petite gravière ou un étang. Je sais très bien que certains spots ne sont pas à portée de canne, et que la berge d’en face est parfois (mais pas toujours) le seul endroit où l’on peut espérer toucher du poisson. Je sais aussi que sur certains lacs les herbiers rendent tout montage inopérant à moins de 200m du bord. Soit…

Mais j’ai pourtant envie de dire : et alors ???! Cela justifie-t-il le fait de pratiquer ainsi lorsque l’on sait très bien qu’à un moment ou à un autre nos fils vont gêner d’autres usagers, et cela pendant toute la (longue) durée de notre séjour ? Le « no-kill » n’est aucunement un argument pour se dédouaner de tout, comme beaucoup tentent de le faire croire. « On ne fait pas de mal » entend-on ici et là comme argument avancé par des « caliméros » qui se sentent persécutés par le reste du monde halieutique. Cependant je m’interroge lorsque j’en vois beaucoup partir immédiatement poser des lignes « en face », sans essayer d’une manière ou d’une autre de réfléchir avant, de faire leur pêche à portée de canne (ce qui ne veut pas dire sans utiliser le bateau pour déposer proprement un montage), ce qui est généralement possible dans de très nombreux cas. Un pêcheur au coup m’a dit avec raison que si les carpes mordent au ras de la berge d’en face, elles doivent aussi mordre au ras de celle-ci… Encore faut-il y pêcher, et savoir le faire avec discrétion, qualité de moins en moins courante sur les secteurs de P^che de Nuit de la carpe… Beaucoup préfèrent donc pêcher loin que s’y astreindre.

Dépose d'un montage à grande distance... mais pendant la fermeture du carnassier !

Avec 4 cannes tendues à 300m, c’est pourtant 1200m de fil par carpiste ! Sur des lacs de barrages où l’on peut parfois compter un biwy tous les 200m (tous les 100m certains longs week-ends), imaginez la toile d’araignée immense qui empêche les pêcheurs de carnassier de pratiquer leur passion, qui est soit-dit en passant tout aussi légitime que la notre ! « Attention, j’ai un montage à cet endroit ! », voilà une phrase dite sur un ton plutôt sec que peut entendre avec incrédulité le pêcheur de sandre, qui se trouve pourtant à une bonne distance du carpiste qui l’interpelle… Je l’ai moi-même vécu : impossible de pêcher au leurre sur près des 2/3 d’un lac de plus de 200 hectares. Un vingtaine de carpistes empêchaient tout autre pêcheur d’accéder à leur loisir pendant des jours et des jours… Inadmissible !

Bien sûr, individuellement chaque carpiste n’a aucunement conscience de cet impact. Pire, beaucoup se sentent et se déclarent victimes de ces méchants pêcheurs qui prennent par mégarde un montage posé à une distance telle qu’on ne peut même pas voir son propriétaire sur la berge ! C’est intolérable, car il s’agit là d’un manque total de respect d’autrui, mais aussi d’une façon de faire qui conduit inévitablement les autres usagers à détester ces champignons verts qui poussent le long des berges, et ces personnages arrogants et malpolis qui y vivent pendant parfois plusieurs semaines.

Lorsque l’on campe pendant des jours et des nuits, il faut savoir laisser temporairement le bateau de passage pêcher tranquillement pendant une heure ou deux, ou au minimum ne pas enrager lorsqu’un bateau approche de « notre » coup.

Cohabiter intelligemment, c'est possible !

Tous les pêcheurs de carnassier avec lesquels j’ai parlé de ce sujet brûlant sont unanimes, même les moins conciliants (j’en fréquente un ou deux…) : pêcher à longue distance oui, pourquoi pas, mais alors entre le coucher et le lever du soleil, et pas en journée. Argument recevable puisque la pêche de nuit est perçue, à juste titre d’ailleurs, comme un privilège dont bénéficient seulement les carpistes. Notre temps de pêche étant doublé, soyons un peu plus compréhensif, et tout simplement logique ! Malheureusement, il y a de plus en plus de carpistes qui sont carpistes sans être ou avoir été « pêcheur ». J’entends par là qu’ils ne pratiquent QUE la pêche de la carpe, sans aucune connaissance réelle des autres types de pêches. Hors il est évident que lorsque l’on a passé une journée sur un bateau avec un pêcheur de carnassier, ou que l’on est également pêcheur de carnassier en bateau en plus d’être pêcheur de carpe,  on comprend bien plus facilement leur façon de voir les choses, et on cerne bien mieux les dérives comportementales carpistes que l’on peut sans cela  considérer comme une simple technique de pêche. Cerise sur le gâteau : pratiquer plusieurs modes de pêche donne une ouverture d’esprit bien plus grande sur la carpe elle-même, puisqu’on  peut alors la côtoyer et l’observer différemment. On comprend alors que la pêche peut très souvent se faire aussi bien sur sa bordure que sur celle d’en face…

Une cause évidente : l’autorisation de la pêche de nuit…

Finalement, avec quelques années de recul je me rends compte que beaucoup pour ne pas dire la plupart des problèmes liés aux comportements des carpistes au bord de l’eau est à mettre en rapport avec la pêche de nuit. Lorsque celle-ci est autorisée, on assiste à des dérives qui n’existent pas sans elle, à savoir :

–          La pêche à très grande distance : lorsque l’on pêche uniquement de jour, on ne dispose souvent  ni de l’envie ni de la logistique nécessaire pour tendre ses lignes en bateau à 200m et plus. La pêche classique du bord, en lançant ses montages, ou la pêche de la carpe en bateau ne causent pas de problème de cohabitation avec les autres usagers.

–          Détérioration des postes, aménagements sauvages, élagages et autres interventions visibles destinées à installer un matériel qui s’apparente désormais à du camping

–          Feux en tout genre, barbecue, repas très arrosés, ivresse bruyante, etc.

–          Excréments en grand nombre, papier toilette éparpillé, poubelles étalées et abandonnées, mégots, etc. Vous n’imaginez pas combien un secteur de nuit, même grand, peut se transformer en dépotoir carpiste en une seule saison. On me dit parfois que c’est anecdotique, et que la grande majorité des carpistes sont propres et respectueux. Peut-être, mais les faits sont là, et les détritus ramassés sont bien trop importants pour que cela puisse être considéré comme minoritaire.

–          Comportement désinhibé de pêcheurs d’autres départements, régions ou pays : visiblement, le carpiste se considère comme intouchable lorsqu’il pêche là où on ne le connaît pas personnellement … Lorsque l’on décide d’aller pêcher dans un autre département parce que le sien n’offre pas de terrains de jeu suffisants, on se doit d’être particulièrement respectueux du site et de ceux qui y pratiquent régulièrement et/ou qui vivent  là. Il s’agit également de respecter le travail de ceux grâce à qui l’on peut pratiquer sa passion. Sans parler de ceux qui osent tout  et surtout le pire en argumentant qu’ils ne parlent pas la langue, comme ces hollandais qui sont récemment partis en laissant sur place trois semaines de poubelles, je constate que ceux qui se permettent d’être le plus déplaisant avec les « locaux » et généralement avec les autres pêcheurs, sont ceux qui jouent « à l’extérieur ». Comment ne pas comprendre par la suite que certains se plaignent de « l’invasion carpiste ».

Un poste occupé pendant deux semaines par des carpistes étrangers, et laissé en l'état...

Au final mon opinion penche désormais vers une pêche de nuit « à l’ancienne », c’est-à-dire sans autorisation et sans secteur défini. Car il est évident que ceux qui pratiquent  cette pêche furtive le font certes dans l’illégalité, mais avec une discrétion qui les soustrait généralement aux yeux et aussi oreilles de quiconque, et qui laisse les lieux indemnes après leur passage. Bien sûr comme tout le monde je préfère pêcher sereinement sans la « peur du gendarme », mais si la survie de ma passion telle que je la conçois passe par une pêche en dehors des clous, je m’en accommoderai sans problème. Cette pêche est également plus sélective, et ne s’offre pas aux adeptes de la pêche « camping » et des apéros de plein air. Il n’y a pas de « Patrick Chirac » hors secteur…

Je connais l’argument que l’on va m’opposer : en ouvrant massivement le public à la pêche de nuit on diluerait les carpistes le long des berges et les problèmes seraient alors moindres. J’en doute fortement. Ce serait à mon avis permettre aux «campeurs » décrits ci-dessus d’accéder à des lieux qui doivent rester préservés.

Il faut avouer qu'il y a parfois pire que les carpistes ...

Vers une utopique charte (inter)nationale de bonne conduite ?

Cette vision peut sembler un peu élitiste, j’en ai bien conscience et je l’assume pleinement. C’est également celle de nombreux pêcheurs de carpe qui ont vu évoluer cette pêche depuis plusieurs décennies. Mais après des années à essayer d’entrevoir dans les carpistes une capacité collective à se hisser vers le haut en termes de comportement et de réflexion, je jette l’éponge. J’ai le sentiment qu’actuellement les carpistes, à cause d’une partie d’entre eux pas si minoritaire qu’on veut bien le croire, ne méritent absolument pas ce qu’ils revendiquent. Il me semble donc légitime qu’ils ne l’obtiennent pas tant que les choses seront telles que décrites ci-dessus !

Comment alors améliorer cette situation ? Est-il possible d’envisager une coexistence sans heurt et en toute amitié entre les carpistes et le reste de la planète pêche ? Je le pense, mais cela passe par un changement d’attitude qui doit venir des carpistes en premier, et non du reste du monde. Se rappeler que celui qui attrape involontairement votre ligne est lui aussi un passionné, un homme qui mérite le même respect que vous, voilà une première étape. Le reste suivra.

Il me semble intéressant de travailler comme c’est le cas au niveau de certains départements sur une charte de bonnes pratiques, définissant ce qui peut être fait ou pas sur le secteur public. Il s’agit simplement de pointer clairement et simplement ce que la logique devrait pourtant imposer à tous. Certes, certains points restrictifs choqueront les plus libertaires des carpistes, ceux-là qui justement pensent que le monde leur appartient et que les autres n’ont qu’à aller voir chez les grecs comment se porte leur fameuse dette…  Tant pis pour cette minorité. L’intérêt général doit primer.

Ce type de charte devrait être instaurée au niveau européen, dans toutes les langues, et largement diffusées par les magazines, sites internet et autres réseaux sociaux, afin que petit à petit entre dans les mœurs carpistes un comportement citoyen, responsable, respectueux du milieu comme des autres usagers des berges et des eaux.

Me voilà rassuré : j’ai finalement gardé ma capacité à rêver…

Le futur de la pêche de la carpe ?

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4 commentaires leave one →
  1. février 21, 2012 5:28

    pur vérité !!

  2. hurand permalink
    mai 22, 2012 8:17

    Il y aurait encore beaucoup à dire sur le comportement des carpistes;l’occupation abusive de l’espace n’est pas forcément cantonnée aux lacs! Mais au- dela, il appartient à tous les pêcheurs de veiller à leur comportement et l’image qu’ils donnent auprès des autres, et surtout des non pêcheurs! La survie de notre passion passe par là, pour moi c’est obligatoire.

  3. Virginie FORT permalink
    septembre 11, 2012 4:00

    A la recherche de nouvelles de toi sur internet et hop te voilà en gros plan avec un gros poisson !

  4. septembre 11, 2012 6:56

    Hé ! Salut la Miss !!! Heureux de te lire après tout ce temps.
    Tu as un mail dans ta boîte dans quelques minutes !
    à bientôt…

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