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Vents d’hiver, vents divers…

janvier 8, 2012

article initialement publié dans le n°147 du magazine « Top carpe » (2008)
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Le carpiste est une girouette. L’influence d’Éole sur nos pratiques halieutiques est bien connue de tous les pêcheurs. Henry Limousin écrivait il y a déjà des années que le bon pêcheur de brochet s’installe toujours face au vent…
si pendant la belle saison il est relativement aisé d’en tirer parti et de choisir un poste en fonction de son orientation, son influence sur les pêches hivernales n’est pas toujours évidente pour de nombreux pêcheurs, et il fauta vouer qu’elle est très variable comme vous allez le constater dans ces quelques lignes.

Quelles sont les bénéfice à tirer du vent ? Pour quelles raisons est-il favorable ou non à notre pratique ? Vaste question, à laquelle deux réponses me semblent évidentes.
En premier lieu, et cela a été écrit et démontré des centaines de fois, le brassage de l’eau généré par les vagues permet son oxygénation et son rafraîchissement, ce qui a généralement un effet bénéfique sur l’activité des poissons. Certes … Mais ce phénomène est principalement valable en été, période où la chaleur de l’eau et le faible débit des rivières et ruisseaux entraînent la baisse du taux d’oxygène dissous. Chaque gros coup de vent (ou de pluie) est alors une bénédiction. En hiver la situation est bien différente. Le taux d’oxygène est élevé grâce aux fortes pluies et au débit des cours d’eau, la température par définition à son seuil minimum, et les vents dominants de nord et d’est font entrer avec la surface de l’eau un air souvent bien plus froid qu’elle. Il semble alors logique d’inverser notre stratégie et de rechercher en priorité les zones abritées des brises glaciales, là où l’eau se réchauffe doucement au moindre rayon de soleil. Voilà pour la théorie, que j’ai à plusieurs reprises vérifiée.

une baie abritée du vent du nord est bien exposée, où la température est toujours plus élevée

Pour exemple, j’ai au mois de février 2006 assisté avec délectation au balai aquatique d’une troupe de carpe danseuse. Au fond d’une petite baie abritée d’un fort vent du nord, le soleil réchauffait alors les 80 centimètres d’eau pendant tout l’après-midi, et la quasi-totalité des poissons de ce petit plan d’eau semblaient s’être rassemblés là. Assis sur un branche d’un vieux chêne, j’ai observé leur manège pendant une bonne heure dans une eau parfaitement limpide : les deux ou trois plus gros poissons du cortège piquaient du nez dans le substrat et soulevaient de gros nuages de particules en suspension. Les poissons de taille plus modeste venaient alors nager dans ces nuages et se roulaient à leur tour dans la vase, après avoir sagement tourné autour des « anciennes » dans l’attente de la pitance. C’est un souvenir inoubliable, d’autant qu’il fut suivi de plusieurs captures sur cette zone chaque fois que les mêmes conditions furent réunies.

Partant de cette leçon parfaitement apprises et appliquée sur le terrain avec succès à plusieurs reprises, me voici en février dernier sur un barrage de moyenne altitude (environ 700 mètres). L’hiver est plutôt clément en cette année 2007, et ce matin il fait beau et presque « chaud » lorsque j’arrive sur place. Je suis bien décidé à utiliser cette première sortie pour faire du repérage avant, peut-être, de pêcher l’après-midi. Mon but est de trouver un poste favorable et de l’entretenir régulièrement. Il n’y a pas de vent, le lac est un véritable miroir,ce qui favorisera mes observations. Après deux heures les yeux rivés à la surface de l’eau, je dois me rendre à l’évidence : aucun signe d’activité n’est observable, que ce soit près dubarrage ou dans les queues en amont. Seuls quelques poissons blancs gobent ça et là et sautent de temps en temps. Faute d’autre indice, je décide de jeter mon dévolu sur une zone où l’activité des poissons blancs semble un peu plus importante qu’ailleurs, en me disant que les carpes sont peut-être sous les ablettes … J’ai même vu quelques fouilles à cet endroit, mais il s’agit vraisemblablement de brèmes, si tant est que ce soient bien des poissons qui soient à l’origine de ces petites bulles ! Ce poste est parfaitement à l’abri du vent, le fond descend doucement et n’excède pas les 8 mètres à portée de cannes, et un ancien chemin suit une cassure en bordure. Bref, un bon poste ! J’amorce très légèrement la zone uniquement avec des billes de 10 à 16 mm, et je dispose mes montages – agrémentés de « sticks » de frolic moulu et de copeaux de billes – dans des zones et des profondeurs différentes. Rien ne se passe dans cette première demi-journée. Je ne réamorce pas en partant, mais j’ai en tête de revenir sur ce poste qui me semble excellent pour la saison, principalement pour son orientation à l’abri du vent.

Trois jours plus tard, me voici de retour pour une pêche rapide comme je les affectionne. La météo a bien changé, il pleut des cordes, et le vent souffle vraiment très fort avec des pointes à 70 km/heure. En arrivant sur le coup je me rend compte que celui-ci est balayé par des rafales continues. Que faire ? Allez ! Ca se tente ! Je monte en catastrophe le « brolly » pour pouvoir faire mes montages à l’abris, mais alors que je lance la première canne, celui-ci est arraché par une bourrasque et fini 30 mètres derrière dans les ronces … Ca commence bien. A ce moment-là j’ai une furieuse envie de rentrer au chaud pour vérifier si ma femme avait raison en me disant lors de mon départ : « tu serais mieux à la maison… ». Mais je tiens bon, et bien que trempé autant que l’intégralité du matériel, je garde le cap, objectif carpe ! Deuxième problème, et de taille, le cobra et la fronde sont restés à la maison … Je vais donc pêcher avec comme seul amorçage mes fameux « frolic stick ». C’est donc sans trop y croire, pour ne pas dire sans y croire du tout, que je me pose avec la délicatesse qui me caractérise sur le level-chair … A peine ais-je grillé ma première cigarette qu’une série de bips timides transperce le vacarme de la pluie battante et du vent … Je ferre ce que je pense être un chevesne… et qui sera au bout du compte une superbe miroir «torpille» à l’écaillage et à la couleur atypique. Je suis surpris et ravi par ce beau poisson!

une torpille hivernale

Alors que je mets la belle au sac, il me semble entendre quelque chose d’agréable … Incroyable ! Un deuxième « hanger » est collé contre le blank, et je regarde bêtement la bobine tourner lentement sans en croire ni mes yeux ni mes oreilles ! Le combat est un peu plus long, et c’est une autre miroir d’un calibre supérieur qui fini au sec et au sac. Un poisson également superbe par sa couleur, sa forme et son écaillage. Qui plus est, ce poisson qui semble assez jeune a un bon potentiel de grossissement, alors que beaucoup de carpe de ce lac sont très allongées et dépassent rarement les 15 kilos. Celle-ci est un futur « bloc », c’est sûr ! (NDA : effectivement ce poisson  a montré par la suite son potentiel en prenant près de 4 kg en deux ans)

Me voilà en train d’essayer de redisposer les deux cannes gagnantes, quand une troisième, sans doute jalouse, décide d’entrer dans la danse ! Ferrage … et voici le premier chevesne de l’année ! On ne peut pas gagner à tous les coups non plus … Plus qu’une canne à l’eau ! Je suis excité comme une puce par ce résultat hivernal inattendu, et avant de remonter les trois cannes, je décide d’appeler un ami  pour lui faire partager ma joie et le convoquer illico presto pour la séance photo. Par la même occasion je lui dis d’amener son cobra car il me semble
utile de donner un peu à manger à tout ce beau monde. Alors que je raccroche, j’assiste en direct (le pied !) à une montée d’écureuil sur la seule canne qui pêche encore … La suite me fera passer de la joie au désespoir : je tiens un poisson qui semble traîner à sa suite le fond du lac tellement il est lourd, pendant plus de 5 minutes je gagne du terrain mètre par mètre, puis la ligne se détend brusquement alors que la « bête » est à moins de 20 mètres de moi… Décrochée ! Je me console en me disant que le résultat de l’après-midi est déjà satisfaisant, et ce sera l’avis de Julien qui arrivera peu après : ce lac donne très rarement de telles séries de départs, même en pleine saison. Un autre départ me donnera un poisson d’un peu moins de 10 kilos, concluant une minisession de février d’à peine 4 heures qui restera dans ma mémoire, et qui aurait pu être d’anthologie sans la perte d’un très beau poisson …

« Et le vent dans tout ça » me direz-vous en me rappelant au sujet initial de cet article ? Et bien celui-ci soufflait très fort et brassait toute la zone de face, l’air étant un peu plus froid que l’eau. Il s’agissait donc des conditions qui font fuir tout carpiste sensé avant même qu’il ne soit installé. Je suis pourtant convaincu qu’il est à l’origine du rassemblement de poisson à cet endroit, car aucun autre paramètre ne peut expliquer ce phénomène. Les 100 petites bouillettes mises à l’eau trois jours avant ne peuvent être considérées comme un véritable amorçage préalable, en tout cas pas face à la frénésie alimentaire du moment. De plus l’oubli de mon cobra faisait que je pêchais pratiquement à la « single hook bait ». Il fallait donc que les carpes soient là et en nombre, d’autant que chaque canne a produit un départ quelle que soit la profondeur (de 2 à 8 mètres). La force et l’orientation du vent semblent être à l’origine de cette réussite. Pourquoi ? Je n’ai aucune explication, je dois bien l’avouer…

Deux semaines plus tard, début mars, je pêche un petit plan d’eau d’environ 20 hectares qui ressemble bien peu au grand barrage précédent. La météo a changé, et l’hiver rappelle aux quelques pêcheurs présent à l’aube que le printemps ne sera là qu’à la fin du mois. La température est largement négative, il gèle fort, le ciel est complètement dégagé et pour compléter le tableau un vent du nord soutenu est annoncé pour la journée. Connaissant un peu les lieux, je choisi de m’installer sur un poste exposé plein sud avec un petit bosquet dans mon dos qui devrait atténuer la brise nordique hivernale. Devant moi, le fond est relativement peu important et l’eau se réchauffe vite dans cette zone. Je suis confiant, car j’ai le sentiment d’avoir fait le bon choix. Vous savez, cette impression que l’on a parfois que si un poisson doit mordre, ce sera sur nos cannes … Vers 11h00, rien n’a bougé. Le vent du nord s’est effectivement
levé avec le soleil. Sur ma droite, le rétrécissement entre deux parties plus larges du plan d’eau est un véritable goulet où le vent s’engouffre pour former des vagues dignes du Der. Je plains les deux pêcheurs qui sont installés là-bas, à l’ombre, avec ce souffle glacial en pleine face. Ils ne verront pas le soleil de la journée. A deux reprises, mon regard est attiré par des sauts de poissons … Mais je dois rêver puisque … Non ! C’est impossible ! Des carpes sautent « face au vent », dans la zone la plus mouvementée, là où l’air glacial se mélange avec une
eau pourtant plus chaude de près de 8 degrés ! Après avoir vu sauter un quatrième poisson, je me dis qu’il faut faire quelque chose, et vite ! Une canne et donc ramenée en urgence. La distance à atteindre est importante, j’équipe donc la ligne d’un plomb missile de 125 grammes et d’un bas de ligne court en nylon de 50 centièmes, équipé d’un D-Rig. Pour pêcher « boosté », je confectionne un « frolic burger » : une bouillette coupée en deux accueille en son milieu la bouchée magique. Au fur et à mesure que le frolic se dissout, l’élastique du D-Rig rapproche les deux moitiés de bouillette pour au final la reconstituer … sauf si une carpe aspire goulûment le tout !

Le "frolic burger" ...

J’arrive à peine à atteindre la bordure de la zone venteuse, et c’est avec difficulté que je « cobrate » quelques billes autour de mon montage. Moins de 15 minutes plus tard je pique mon premier poisson. J’aurai deux autres départs sur cette seule canne, alors que le coup abrité et « chaud » restera improductif. J’apprendrai plus tard que les deux pêcheurs que je plaignais en jugeant avec ironie leur faculté à choisir un bon poste ont fait un véritable carton dans le vent du nord déchaîné …

Sans tirer de conclusion hâtive, il est clair que ces deux exemples ont remis pas mal en question mon approche de la pêche hivernale et de l’influence du vent sur celle-ci. De la même façon qu’un orage ou une tempête n’entraîne pas systématiquement un « carton » en été, il semble intéressant d’admettre que les vieux dictons qui ont parfois la vie dure doivent à l’occasion être laissés de côté.    « Vent du nord, rien ne mord … ». En êtes-vous toujours aussi sûrs ? …

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One Comment leave one →
  1. Vinchuchu permalink
    janvier 8, 2012 3:56

    Effectivement « vent du nord rien ne mord » est un dicton qui a la peau dure. Personnellement j’ai peu constater à quel point le vent influancé grandement les pêches de fin d’hiver. Il me semble qu’à cette période de la saison les poissons s’eveillent avec les jours qui allongent et les eaux sont pauvres en oxygène. C’est précisément le besoin en oxygène qui influence leurs déplacements. Si non comment expliquer que ces poissons évoluent dans une eau plus fraîche ?

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